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JOURNÉE D'ACTION CONTRE LA VIOLENCE SEXUELLE


Description

Lettre à mon agresseur À toi l’homme qui a volé ma confiance, mon bonheur, mon adolescence, ma force, mon intimité, mon intégrité, ma vulnérabilité, mon innocence. À toi l’homme qui m’a volé le rêve d’avoir un père, l’illusion d’une belle vie. À toi l’homme qui m’a enlevé mes rêves avec l’instant d’une seule parole, d’un regard, d’un geste. À toi l’homme qui s’est senti tout puissant en me prenant tout ce que j’avais. Ça fait un bon moment que je songe à t’écrire. Mes mots choisis, qui résonnent constamment dans ma tête, ne te feront même pas l’ombre d’une indifférence. Mais pour moi, pour une fois, ils seront libérateurs. Tu m’as tout pris. Tu as profité de ma vulnérabilité d’ados pour me détruire encore plus que je ne l’étais déjà. J’étais faible, démunie de bon sens et tu en a saisis l’occasion. J’étais habitée par le désir sincère et profond de t’appeler « papa ». Pour une fois dans ma vie, une des rares fois, je me sentais à ma place, en sécurité, en confiance et j’étais prête à m’abandonner à t’aimer inconditionnellement. Comme une fille aime son père. Tu m’as salie. Salis comme jamais personne ne l’a fait. Tu m’as imprégné de toi. De ton odeur. De ta force. De tes mains sur mon corps. Tu m’as envahi de honte et d’impureté. Tu as décidé que mon corps ne serait plus le mien. Tu as décidé que mon cœur aimerait de manière sélectif et brisée pour le restant de ma vie. Tu as décidé que ma tête ne serait plus la mienne. Tu m’as envahi de la noirceur de ton cœur et de ton corps. Depuis, la vie est plus sombre. Plus lourde et moins belle. Tu as eu besoin de me dominer pour te sentir encore plus grand et plus fort. Tu as imprimé sur mon cœur et mon corps les marques de ta force. Tu as instillé en moi un poison soit celui de ne plus jamais m’appartenir. Appartenir à l’étiquette de victime pour le restant de ma vie. Tu aurais pu m’affaiblir avec des mots, des arguments ... mais je t’aurais surement battu, même du haut de mon adolescence. Tu as alors préféré choisir l’option de sûreté : la violence, utiliser ton rôle supposément de confiance, ta force physique et ton sexe. Tu as de nombreuses fois voulu m’affaiblir d’avantage, me faire taire, mais aujourd’hui, c’est assez. Sache-le! Personne n’a le droit de faire ce que tu as fait. Ce que tu t’es permis de faire. Tu ne seras jamais puni, tu continueras à dormir la nuit. Je serai à jamais et pour toujours mon propre juge dans cette histoire. Tu as tellement voulu me faire taire qu’aujourd’hui, je rassemble le peu de force qu’il me reste pour ne pas t’écouter pour une fois. De hurler haut et fort comment je me sens. Comment tu as choisi délibérément de me faire sentir. La peur. La peur est immense et omniprésente. La peur est partout. La peur est toujours là. La peur sera toujours là. La peur fait partie de moi. Quand j’étais jeune j’avais peur des monstres sous mon lits, maintenant je sais qu’il y en a aussi au-dessus du lit. On ne s’est jamais revus et je ne sais pas ce que tu es devenu. Pourtant tu existes encore en moi plus que jamais. Tu es une partie de qui je suis et je serai toujours une partie de toi. Tu sais, j’ai perdu beaucoup de mon temps à me demander pourquoi cela est arrivée. J’ai essayé de réécrire les lignes de cette histoire mainte et mainte fois. J’ai cherché mes failles et j’ai essayé de comprendre humainement la raison de ton choix. J’ai hurlé à plusieurs reprises en silence et pleurer sans même en trouver la satisfaction. Cette journée-là, tu as décidé de te libérer. De déverser une partie de ta noirceur en moi. Tu m’as, par le fait même, volé une partie de mon être. Tu m’as brisé en plus de morceaux que j’en aurais cru possible. Je me suis sentie vide et se vide m’habite encore tous les jours. J’ai encore mal. J’ai encore peur. J’ai encore honte. J’ai peur du silence, je l’occupe toujours. Je me méfie des gens et je les laisse difficilement m’aimer et m’approcher. J’ai du mal à dormir et tu contrôle encore mes rêves. Ou plutôt mes cauchemars. Je ne connaîtrai probablement jamais la sexualité de manière saine et douce. Chaque fois qu’une main se posera sur mon corps mes pensées s’enflammeront. Chaque « Je t’aime » que je recevrai seront analysés. Chaque homme que je croiserai seront une source de stress. Tu m’as utilisée, brisée, manipulée. Pourquoi ? Quand cette question revient dans ma tête je me supplie de trouver une raison. Une raison pour comprendre ton choix, ton geste. Une raison pour excuser tes actions, tes paroles. Une raison pour me convaincre que non, l’humain n’est pas destructeur à ce point-là. Qu’il doit bien y avoir quelque chose qu’on ne m’a pas dit, une logique à ta décision. Je me demande plus souvent qu’autrement qui j’aurais pu être si on ne s’était jamais rencontré. Si ma mère ne t’avait jamais aimé. Je ne peux m’empêcher de dire que malheureusement, mais heureusement, je suis devenu qui je suis aujourd’hui. Brisée, anxieuse et complètement apeurée mais tellement plus courageuse, puissante et empathique. Je n’arriverais jamais à effacer ce que tu m’as fait subir. Ce que tu m’as fait vivre et tout le mal que tu m’as infligé. Je n’arriverai jamais à effacer tout ce que j’ai dû affronter pour me relever de cette histoire. Mais un jour je serai. Et juste d’être, c’est énormément difficile. Mais je serai! J’aimerais ne plus jamais rien ressentir quand quelqu’un me parlera de toi. J’arrive à espérer qu’avec tout ce temps tu as compris. J’espère que tu es en paix avec toi-même. Avec ce qui t’a brisé autant, toi aussi. J’espère que tu trouveras assez de lumière pour te guider. J’espère aussi qu’aucunes autres personnes n’a croisée ton chemin comme j’ai croisé le tien. J’espère profondément et tristement que tu n’as brisée aucunes autres personnes autant que tu l’es, autant que je le suis. Tu ne m’as pas tuée, tu m’as au contraire, rendu plus forte et plus humaine. Je ne te souhaiterai jamais autant de mal que tu m’en as fait, car au contraire de moi, tu es un faible. Tu ne t’en sortirais pas sinon. Je te souhaite de l’amour, car définitivement, tu en as manqué quelque part, à travers ton chemin de la vie. Sincèrement, ta victime, J.